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L'APPROCHE DE RÉDUCTION DES MÉFAITS: SOURCES, SITUATION, PRATIQUES par Pierre Brisson
BRISSON, Pierre (1997).
L'approche de réduction des méfaits: sources, situation pratiques. RÉSUMÉ. Montréal: Comité permanent de lutte à la toxicomanie.
Ce résumé est un abrégé du
document de référence réalisé, à la demande du Comité permanent, afin d'orienter les intervenants en toxicomanie et leurs partenaires concernant l'approche de réduction des méfaits. Nous recommandons la consultation du texte intégral pour retrouver le contexte, les références et les exemples qui supportent la mise en perspective qui suit. La lecture de l'Introduction permettra, dans tous les cas, de situer notre démarche. OBJET D'ÉTUDE Au point de départ, certaines précisions doivent être apportées pour mieux délimiter l'objet d'étude. Au regard de la
dénomination de l'approche, plusieurs appellations ont cours, la principale ambivalence venant de l'utilisation concurrente des concepts de «risques» (ou dangers) et de «méfaits» (ou dommages, dégâts, préjudices, problèmes). L'expression
harm reduction, consacrée dans le monde anglo-saxon, s'attache davantage au pôle des conséquences; le dénominateur «réduction des risques» est, par ailleurs, plus répandu chez les
francophones d'Europe. Au Québec, nous sommes à ce jour les seuls à recourir au vocable «méfaits», traduction fidèle de l'esprit du terme de base
harm, ce pourquoi nous réaffirmons la pertinence de conserver l'expression, à la faveur de ce document. Cela dit, nombreux sont aujourd'hui ceux qui intègrent et la notion de risques et la notion de méfaits, à l'intérieur de l'approche. Nous proposons la distinction suivante qui permet d'articuler les deux pôles: la réduction des méfaits désigne l'approche générale s'occupant, en amont, de la
réduction des risques de conséquences négatives (associée à la prévention primaire) et, en aval, de la
réduction des conséquences négatives comme telles (associée à la prévention secondaire et tertiaire). Ainsi, la
réduction des méfaits s'attache à réduire les dangers comme les dégâts liés à l'usage alors que l'approche traditionnelle de
réduction de l'offre et de la demande vise à réduire les risques d'apparition de l'usage (incidence) ou alors les cas existants (prévalence). Au niveau de la
définition de l'approche, une grande variété existe et l'unanimité est loin d'être acquise. En faisant le tour d'une vingtaine de définitions, fournies par des experts et des praticiens de toutes provenances (Canada, États-Unis, Europe), nous avons pu dégager
le plus petit dénominateur commun permettant de définir l'approche de même que, par l'intégration des éléments que chacun y apportait,
la plus large définition synthèse sur la question. Nous proposons, en résumé, le point de départ et d'arrivée de cet exercice: 1. Définition «minimale»:
une approche centrée sur la diminution des conséquences néfastes de l'usage des drogues plutôt que sur l'élimination de l'usage. 2. Définition «maximale»:
une démarche de santé collective visant, plutôt que l'élimination de l'usage des psychotropes (ou d'autres comportements à risque ou «addictifs»), à ce que les principaux intéressés puissent développer des moyens de réduire les conséquences négatives liées à leurs comportements et aux effets pervers des contrôles sur ces comportements, pour eux-mêmes, leur entourage et la société, aux plans sanitaire, économique et social.
SOURCES DE L'APPROCHE DE RÉDUCTION DES MÉFAITS
La réduction des méfaits dans le domaine des drogues est apparue comme approche au cours de la décennie 1980, en raison de l'irruption du sida dans le champ de la toxicomanie. Il serait pourtant erroné de croire que rien ne préparait à l'avènement d'une telle approche. Pour comprendre le phénomène autant que pour en orienter l'avenir, nous croyons utile de présenter un survol des
expériences et événements «précurseurs», soit six sources, inspiratrices ou instigatrices de l'approche actuelle, selon une chronologie historique. Savoirs traditionnels et usage de drogues au XIXe siècle L'histoire et l'anthropologie peuvent nous éclairer, dans une optique de réduction des méfaits, sur la capacité d'intégration des drogues par divers peuples et populations. En effet, des savoirs et des savoir-faire ont été développés à travers la
domestication des usages, en Occident avec l'alcool, et dans d'autres cultures, avec
nos actuelles drogues de rue. On redécouvre ou réactualise aujourd'hui ces connaissances et ces compétences dans l'effort pour instaurer une culture responsable et sécuritaire de consommation, tant chez les toxicomanes utilisateurs de drogues par injection (UDI) que chez les adolescents consommateurs d'alcool. Ainsi insiste-t-on sur les
principes et règles permettant une meilleure gestion des usages: contrôle du dosage et de la qualité des produits, attention portée à la fréquence et aux mobiles de l'usage, choix des ambiances et des modes de consommation appropriés, etc. Le contexte de sociétés modernes voit l'apparition de conditions nouvelles à l'utilisation des produits psychotropes: une diffusion plus large de certains produits, au XIXe siècle, et l'avènement des contrôles législatifs sur l'usage, au début du XXe siècle. Plusieurs pays occidentaux, les États-Unis et la Grande-Bretagne en tête, ont effet connu une
diffusion à large échelle des opiacés et de la cocaïne
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