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au siècle dernier. Ce contexte nouveau de consommation permet d'attirer l'attention sur deux faits d'importance, dans une perspective de réduction des méfaits. D'abord, la gestion sociale des usages s'est avérée moins problématique qu'elle ne l'est maintenant, avec les mêmes produits, en raison de la qualité et des formes moins concentrées des substances en circulation. D'autre part, la gestion sociale des conséquences négatives de cette consommation (les cas de dépendance) s'est effectuée dans un climat où prévalait le pragmatisme plutôt que la stigmatisation. Le British System Suite à l'édiction des législations antidrogue à l'échelle internationale, la Grande-Bretagne adopte une stratégie moins répressive que les nords-américains à l'endroit des drogues dorénavant proscrites. Suite aux recommandations du Rolleston Committee, en 1926, ce pays maintient un système de prescription médicale de substances illicites pour les gens déjà toxicomanes. Tout médecin peut ainsi prescrire la drogue jugée nécessaire (morphine, héroïne, cocaïne et plus tard, amphétamines) dans le cadre de traitement à durée variable et parfois indéfinie. Appliquée avec succès jusqu'à la fin des années 1950, le British System sera resserré et mis en veilleuse au cours des années 1960-1980, dans le contexte du boom occidental de la consommation de drogues chez les jeunes générations. Au milieu de la décennie 1980, en raison de la conjonction de nouveaux facteurs dont l'apparition du sida, le modèle prescriptif sera réactualisé pour devenir une composante importante de l'expérience de Liverpool (Mersey). L'introduction du traitement à la méthadone Validé en tant que traitement d'entretien (ou de substitution) pour narcomanes au début des années 1960, aux États-Unis, le recours à la méthadone permet, à l'instar du British System, de réduire les méfaits de l'usage (sevrage physique) mais aussi du contexte prohibitionniste de l'usage (mode de vie criminalisé, exclusion sociale, produits dangereux). Aux États-Unis, les programmes de méthadone connaîtront une grande expansion jusqu'au milieu des années 1970, avant d'être sujets à la critique et à un définancement massif, à l'orée des années 1980, suivant le retour du moralisme antidrogue et ce, malgré le problème du sida. En Europe, les années 1980 «relancent» les programmes de méthadone dans une perspective de réduction des méfaits. Au Canada, outre quelques expériences tentées dans les années 1960-1970, les programmes pionniers sont celui de la Fondation de la recherche sur la toxicomanie (ARF), ouvert à Toronto au début des années 1970 et toujours en opération, et celui du Centre de recherche et d'aide pour narcomanes (CRAN), lancé à Montréal, au milieu des années 1980. Depuis l'introduction du produit, quatre types de programmes de méthadone peuvent être distingués, dont le degré de développement et d'agencement varie selon la culture et les politiques publiques en vigueur, d'un pays et d'un continent à l'autre: les programmes de substitution prolongés, à exigences élevées, basés sur le modèle de l'abstinence; les programmes de maintenance médicale ou substitution par un médecin de première ligne; les programmes d'intervention brève ou sevrage assisté à la méthadone; les programmes de substitution à exigences peu élevées ou de réduction des méfaits. La scène de la drogue des années 1960-1970 Les décennies 1960 et 1970 ont vu émerger et s'étendre un mouvement social de rupture au plan des valeurs et du mode de vie, associé aux jeunes générations et caractérisé par l'explosion de la consommation de substances comme le cannabis, les hallucinogènes, l'héroïne et, éventuellement, la cocaïne. L'expansion de l'usage au cours de ces années n'est pas sans rappeler l'effervescence du XIXe siècle, d'autant qu'elle donnera lieu, elle aussi, à une nouvelle gestion de l'usage aussi bien que des conséquences négatives de cet usage. D'une part, ces années voient l'éclosion d'une culture de la consommation qui renoue avec certaines formes de savoirs traditionnels en instaurant des règles et principes pour un usage approprié: choix de substances brutes plutôt que raffinées, contrôle des méthodes de culture, encadrement des usages; cette attitude est présente aujourd'hui dans les préoccupations et les publications de plusieurs regroupements d'usagers associés à la réduction des méfaits. D'autre part, les problèmes nouveaux qui découlent d'une diffusion massive de substances dans un contexte de prohibition entraîneront la création d'une série d'innovations communautaires pour gérer, de façon plus humaine, les conséquences négatives auxquelles sont confrontés les usagers, aux plans sanitaire économique et social: réseaux téléphoniques et lignes d'urgence, centres de jour et refuges, centres de crise et cliniques libres. Ces «nouvelles institutions» sont les ancêtres directs des actuelles ressources d'intervention précoce et de prise en charge, à bas seuil, dans le contexte de la réduction des méfaits. La mise en question du modèle prohibitionniste La critique des méfaits des politiques de contrôle et de criminalisation de l'usage s'est élaborée en parallèle à l'instauration du paradigme prohibitionniste à l'échelle de la planète, au XXe siècle. L'échec de la prohibition de l'alcool constitue, à cet égard, la première mise en question du modèle prohibitionniste. À partir des années 1960, un courant antiprohibitionniste prend forme, s'organise et exerce une influence sociale. Le questionnement sur la pertinence des lois pénales pour gérer la consommation de drogues, notamment celle du cannabis, se retrouvent dans les conclusions de commissions d'enquête célèbres, en 1972: la Commission Le Dain, au Canada, et la Commission Baan, aux Pays-Bas. Malgré des recommandations en ce sens, au Canada, et des expérimentations dans certains états américains, seul les Pays-Bas iront de l'avant avec une décriminalisation de fait de la possession de cannabis afin de réduire les méfaits du contexte prohibitionniste, soit: la violence,
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