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la marginalisation, le recours à des activités criminelles pour s'approvisionner et le recrutement d'usagers vers des drogues plus dures. Depuis les années 1980, avec la radicalisation du prohibitionnisme sous l'impulsion de la «guerre à la drogue», le mouvement antiprohibitionniste s'est organisé à l'échelle internationale, partageant une évidente parenté au plan des fondements, de l'analyse et du membership avec l'approche de réduction des méfaits. La mise en question du modèle thérapeutique de l'abstinence Aux côtés des sources précédemment décrites, il faut mentionner l'évolution des modèles conceptuels dans le champ des études sur l'alcoolisme vers un nouveau paradigme thérapeutique, la
consommation contrôlée. Des chercheurs nord-américains en sciences humaines et sociales (Miller, Sobell et
Sobell, Pattison, Marlatt et d'autres) ont ainsi formulé, au cours des années 1960 et 1970, le
modèle dit de l'apprentissage social pour expliquer l'alcoolisme: il ne s'agit plus d'un problème de faiblesse de caractère (modèle moral) ou de vulnérabilité biologique (modèle de maladie), mais de l'adaptation déficiente d'un individu avec une substance donnée, dans un environnement donné. L'intervention précoce ou curative auprès de consommateurs dépendants ou d'alcooliques ne repose plus alors uniquement sur l'abstinence, mais aussi sur la possibilité d'un réapprentissage de la consommation. Le questionnement du modèle thérapeutique de l'abstinence est, de plus en plus, une partie intégrante de l'approche psychosociale dans le traitement des toxicomanies et fournit une assise théorique aux artisans de la réduction des méfaits qui ont pour principe la tolérance vis-à-vis de la consommation.
SITUATION DE L'APPROCHE DE RÉDUCTION DES MÉFAITS Les années 1980-1990 Au début des années 1980, le
sida fait irruption et met littéralement au monde l'approche de réduction des méfaits, d'abord en Europe où on dépiste plus rapidement le virus au sein des cohortes de toxicomanes. Sur le continent européen, la
mobilisation des usagers et l'aménagement de nouvelles ressources comme les
programmes d'échange de seringues, suite à un ajustement de plusieurs politiques nationales en santé publique, posent les jalons d'un nouveau modèle d'intervention en matière de drogues illicites. Les
Pays-Bas, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Suisse et l'Australie sont (et demeurent) à l'avant-garde du mouvement. Vers la fin des années 1980, d'autres pays comme la
France, les États-Unis et le Canada emboîtent le pas, avec un décalage attribuable à la fois au retard dans le constat de foyers épidémiques chez les UDI mais aussi à une attitude politique plus rigide sur la question des drogues. La décennie 1990 voit
l'approche de réduction des méfaits acquérir notoriété et crédibilité, à l'échelle internationale, à travers diverses
manifes-tations: création d'associations et de groupes représentatifs dans plusieurs pays; lancement d'une conférence annuelle internationale sur la question, assortie de publications diverses; élargissement du champ d'action et de la variété des intervenants mobilisés; expériences menées dans des pays d'Europe de l'Est, d'Asie et d'Amérique du Sud. Parallèlement, il y a
intensification de la «guerre à la drogue» en terme d'effectifs et d'influence dans le monde. La ratification par plus de cent pays d'une nouvelle convention internationale sur les drogues illicites, en 1988, cautionne l'augmentation des forces policières et la mise en oeuvre de procédures, tactiques et sanctions «à l'américaine», un peu partout dans le monde. Des pressions internationales s'exercent ainsi sur la
Grande-Bretagne et les Pays-Bas en raison de la forte notoriété dont jouissent leurs approches de la question des drogues. Des coalitions et groupes de pression opposés à l'approche se font jour. C'est aux
États-Unis que la résistance est la plus forte, en dépit de l'activisme de simples citoyens et de regroupements nationaux en faveur de la réduction des méfaits. Au
Canada et au Québec, même si l'approche progresse plus rapidement que chez les américains, elle doit dorénavant composer avec l'adoption d'une nouvelle législation sur les drogues, toujours empreinte d'un esprit prohibitionniste. Expériences de développement de l'approche Les expériences néerlandaise et anglaise, souvent qualifiées de «modèles», constituent deux
exemples clés d'intégration de mesures en réduction des méfaits; d'autres pays, la Suisse notamment, présentent des trajectoires intéressantes à ce chapitre. Les
Pays-Bas se caractérisent par une approche pragmatique de la question des drogues, intégrée dans les institutions publiques, et qualifiée de politique de «normalisation» en ce sens qu'usagers de drogues et toxicomanes ne doivent pas être traités comme des catégories de citoyens à part. Les composantes clés de cette politique sont la
décriminalisation de fait des produits du cannabis et un système intégré d'interventions en santé publique, dans les deux sens, visant à la fois la
prise de contact avec les toxicomanes, sur le terrain, et l'accès à bas seuil à des ressources de prise en charge, dont un programme de méthadone très développé. La
Grande-Bretagne présente un mélange de tradition (British System) et d'innovation qui s'est incarné dans une expérience locale, dans le comté de Mersey. Le changement des mentalités en rapport au problème des drogues et l'avènement du sida, au début des années 1980, ont favorisé la naissance de l'expérience de Liverpool. Les ingrédients en sont: la réactivation du
système
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