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Le contre-transfert (suite1)
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Le thérapeute représente, aux yeux du client qui se sent méprisable et de peu de valeur, qui se haït lui-même et qui vit une rage destructrice, tout ce qu'il n'est pas : le " bon " thérapeute, le modèle de vertu, etc.
Le clivage bon-mauvais (ou gagnant-perdant) qui en résulte constitue une menace sérieuse pour l'identité du moi du patient. Le premier objectif du moi sera donc de chercher à rétablir son équilibre. Ainsi, le client cherchera t'il inconsciemment à employer toutes les stratégies à sa portée afin de provoquer, cajoler, humilier et décevoir le thérapeute afin de le faire réagir négativement et de ternir l'image " toute bonne " qu'il s'en fait. Cela dans le but de rendre le thérapeute davantage semblable à lui ou pire que lui (dévaluation). Le clivage pourra alors se renverser " bon patient - mauvais thérapeute ".
Le toxicomane ou le joueur pathologique démontre souvent des signes d'améliorations initiales remarquables, jusqu'à ce qu'il se mette à reconsommer, rejouer, faire des surdoses, être arrêté, ou manquer des séances, et cela soudainement et sans avertissement. Le clinicien peut alors éprouver des sentiments de dépression et de rage, ainsi que de la culpabilité de n'avoir pas réussi à sauver " le mauvais enfant impulsif " et donc, se sentir mauvais.
Ainsi, la relation à long terme que représente la thérapie, en plus de provoquer des problèmes d'identité du moi chez le client, fera émerger plusieurs résistances combinées à des agirs. Le transfert positif (alliance thérapeutique) prend donc selon nous, au début, la forme d'un transfert-résistance qui doit être traité comme tel, c'est à dire interprété.
La rage et la méfiance internes fondamentales suscitées par la relation thérapeutique (transfert du client) l'amèneront à vouloir sans cesse " tester " l'authenticité et la stabilité de l'intérêt que lui manifeste le thérapeute. Ainsi le transfert positif de base risque d'être difficile à établir et les peurs, la méfiance, les attaques contre le cadre, les agirs, etc. devront être interprétés (Kernberg, 1979 et 1980 ; Bergeret, 1992) afin d'en arriver à établir l'alliance thérapeutique. 
Ce n'est qu'ensuite que d'autres manifestations de transfert-résistance et des attaques au cadre et à la relation thérapeutique maintenant réellement en place apparaîtront. Selon Rosenthal & Rugle (1994) et Kernberg (1980), avec les clients états limites narcissiques (ex : joueurs pathologiques), on pourra alors s'attendre à une plus forte présence de manifestations clivées d'amour de transfert (idéalisation) et de haine de transfert (dévaluation), qu'avec les patients non narcissiques (ex : toxicomanes). L'idéalisation servant à se former une image d'un thérapeute " parfaitement bon " et à réduire l'anxiété liée à la peur de l'abandon, de l'attaque et des frustrations. Cependant, face à un thérapeute tout puissant, le client peut ressentir de la craindre ou de l'envie, et cela entraînera de rapides changements entre idéalisation et dévaluation. 
Nous croyons donc que sans la conscience des manifestations contre-transférentielles, une thérapie continue et efficace des toxicomanes et les joueurs serait virtuellement impossible et impensable, à cause du transfert de " sabotage " de ceux-ci qui se manifeste, même dès le début, i.e. lors de la mise en place de l'alliance thérapeutique. 

Transfert-résistance d'amour & de haine (émergeant sur la base de l'alliance thérapeutique) 


Il nous semble que si le thérapeute n'est pas attentif à ses sentiments contre-transférentiels, ils pourront se manifester dans des agirs de sa part (contre-transfert induit par le client et agit par le clinicien). Cela est donc particulièrement important avec une clientèle fonctionnant grandement au niveau des agirs. Nous croyons donc que le thérapeute doit pouvoir voir et nommer ce qui se passe plutôt que de l'agir, puisqu'il s'agit là d'un des buts à atteindre avec le client. 
Voici des exemples d'agirs contre-transférentiels possibles de la part du thérapeute en réponse au transfert du client et auxquels il faut être attentif : être chroniquement en retard, écourter les séances, voir quel type de fantasme le clinicien a durant les séances, être somnolent, refuser de retourner les appels du client dans un temps raisonnable et répondre à l'impulsivité du client en acceptant ou refusant ses demandes sans y réfléchir.

Le thérapeute peut assumer le rôle du " bon parent sauvant le mauvais enfant impulsif ". Il pourra alors se sentir sur-concerné, protecteur (ex : intervenir dans le système judiciaire pour régler les problèmes légaux du client), maternant, permissif (ex : négliger le payement si le client à des dettes de jeux ou de drogues) et quelquefois littéralement " nourrir " le client (ex : sentir le besoin de lui offrir du café). Le thérapeute voulant, par son " amour " et sa " bonté ", guérir le client. Cette posture (anti)thérapeutique est, ultimement, une re-création de la relation primitive malsaine du client, dans laquelle l'amour est donné à l'enfant afin que celui-ci servent les besoins du parent (dans ce cas-ci, le succès du thérapeute à guérir le patient). De plus, il nous semble qu'avec une attitude sur-protectrice et/ou permissive, le mécanisme de déni utilisé par le client face à son problème est repris par le thérapeute.
Le toxicomane peut aussi chercher à détrôner l'autorité du clinicien perçu comme omnipotent par l'obtention clandestine et l'abus de prescriptions de médicaments auprès de plusieurs médecins et/ou psychiatres. Ce qui, en plus, perpétue les habitudes de consommation. Cela lui sert à réaffirmer sa grandiosité narcissique et son mécanisme de déni de son problème. Les joueurs pathologiques, plus particulièrement, chercheront à entrer en compétition avec le clinicien, par exemple, au plan intellectuel. Ils croient difficilement qu'une situation " gagnant-gagnant " est possible. 
Selon Weiss (1994), l'utilisation désordonnée des services cliniques par les toxicomanes (absences, retards aux séances, recours fréquents aux services d'urgence, etc.) peut éveiller un sentiment de chaos chez les cliniciens, de colère ou de découragement. Mais cette façon d'agir (périodes intermittentes de traitement alternant avec des périodes d'intoxication et de retrait du traitement, i.e. discontinuité dans le traitement) est le reflet des relations d'objets mal adaptées et de l'instabilité du patient (identité mal constituée ; problématique " trop près, trop loin " des états limites). Ce comportement peut aussi avoir comme but inconscient de provoquer le thérapeute afin d'être puni ou perçu comme un mauvais patient, dû au sentiment de culpabilité et à la perception d'être mauvais de celui-ci.
Voici une liste des émotions que le thérapeute est susceptible de ressentir en réaction au transfert d'un client : rejet ; abandon ; confusion ; déception ; exploitation ; se sentir " punitif " (ou trop permissif) ; ennuyé ; désespéré ; dévalué ; impotent ; drainé ; charmé (attraction physique, chaleureux ; perte des limites du cadre) ; paniqué (anxieux face aux dangers que prend le patient) ; sympathique (trop concerné, trop responsable, fantasme de " sauveteur "). La plupart du temps, la rage et la colère viennent de l'identification projective du client. Les joueurs pathologiques pourront aussi induire les émotions suivantes : arrogance, froideur, superficialité, sentiment de détachement face à la thérapie et à son contenu, compétition (battre le joueur à son propre jeu). 
Le thérapeute peut vivre un contre-transfert concordant, i.e. une réponse empathique aux sentiments et pensées du client à travers une identification à son moi ou son ça (ex : sympathie ou se sentir concerné dans la guérison). Il peut aussi expérimenter un contre-transfert complémentaire. Cela réfère à l'identification du thérapeute avec certaines parties projetées, car non voulues, su soi ou du surmoi du client (ex : sentiments punitifs face aux comportements non conformes du patient). 
Les joueurs pathologiques auront particulièrement tendance à vouloir " gagner " l'approbation du thérapeute, par exemple en disant ce qu'il pense qu'il veut entendre, et à ne tolérer aucune critiques de celui-ci (la critique aura comme conséquence de produire le passage de l'idéalisation à la dévaluation à cause du clivage massif). Leur sentiment de grandiosité, i.e. d'être responsable et de contrôler tout ce qui arrive, combiné à leur impression d être une