| - RÉSEAU TOXICO QUÉBEC - | |
|
.. |
|
|
Cette section du site provient d'un cour offert par le Dr.Sylvain Bartolami à l'Université Montpellier II (France) |
|
| . | |
| PSYCHOPHARMACOLOGIE DE LA TOXICOMANIE
Modes d'action des drogues dans le système nerveux central |
|
| . | |
|
INTRODUCTION |
|
| . | |
| Un stupéfiant est une molécule ayant une action hédoniste (qui procure du plaisir) de la tolérance (ou accoutumance) et de la dépendance (ou addiction). Quelque soit sa nature chimique ou sa catégorie psychotrope (stimulant, calmant ou hallucinogène) toute drogue produit son effet (quelqu’il soit) en perturbant la transmission de l’influx nerveux entre les neurone. Pour cela, la drogue s’oppose à la conduction de l’influx nerveux, à l’entrée de calcium dans la présynapse, elle altére aussi le métabolisme présynaptique, la libération et la recapture des neurotransmetteurs, enfin un stupéfiant agit sur les récepteurs des neurotransmetteurs et sur leurs systèmes de transduction FIGURE 1 : l'impact des drogues sur la neurotransmission | |
| .. | |
| ... | |
| ... | |
| 1) Les systèmes dopaminergiques cérébraux.
La dopamine et ses récepteurs. La
dopamine agit sur deux classes de récepteurs "D1-like" et "D2-like"
qui sont tous deux métabotropiques mais qui ont des effets presque
inverses : les D1-like (D1 et D5) sont couplés via Gs à l'adénylate
cyclase et permettent la production d'AMPc qui déclenche de nombreuses
réponses métaboliques dépendantes de la protéine
kinase A. Les D2-like (D2, D3, D4) sont couplés à Gi/o et
inhibent la synthèse d'AMPc ce qui en particulier facilite l'ouverture
de canaux K+ hyperpolarisant.
|
|
|
. |
|
| .. | |
|
Parenthèse sur le striatum. Le striatum (noyau caudé
+ putamen = néostriatum + globus pallidus= striatum) est donc une
cible de l’innervation dopaminergique. Il est la principale structure contrôlant
la programmation et l'exécution des comportements moteurs. Les signaux
excitateurs d'origines corticales périlimbique et sensori-motrice
et thalamique y convergent, sont intégrés et redistribués
vers les autres ganglions de la base également impliqués
dans le contrôle de la locomotion (substance noire, globus pallidus,
noyau sousthalamique). Au sein des ganglions de la base, la régulation
de la motricité est due à un équilibre entre des stimulations
(glutamate et dopamine) et des inhibitions (GABA) qu’exercent, les uns
sur les autres, les différents noyaux. De surcroît, cet équilibre
est modulé « à la baisse » par les endocannabinoïdes.
|
|
| . | |
| 2) La tolérance ou accoutumance.
Les agents psychoactifs élèvent directement ou
indirectement la stimulation des récepteurs des neuromédiateurs.
L’activation excessive et souvent chronique des récepteurs est compensée
par une régulation à la baisse du nombre de récepteurs
fonctionnels soit par le découplage du système de transduction,
soit par ralentissement de leur renouvellement (turn-over) ou soit par
leur internalisation. Cette réponse adaptative physiologique vise
à conserver l’homéostasie en maintenant la neurotransmission
et la fonction cérébrale normales malgré une activation
anormale des récepteurs par des molécules exogènes.
|
|
| . | |
| 3) La dépendance ou l’addiction
D’après la définition de l’OMS, la dépendance/addiction
est un syndrome où la consommation d’un produit devient une exigence
supérieure à celle d’autres comportements auparavant d’importances
maximales. La dépendance s’installe avec la répétitions
des prises de drogues et se caractérise par un besoin impérieux
de la drogue qui conduit à sa recherche compulsive. La dépendance
a deux facettes : physique et psychique.
|
|
| . | |
| Figure de l’action des psychotropes sur le circuit de renforcement | |
| . | |
| 4) Conditionnements environnementaux.
L’usage de la plupart des drogues dures (= présentant une dépendance
physique), s’accompagne du développement de phénomènes
de conditionnement environnementaux qui stimulent le circuit de renforcement/récompense.
Ce circuit déclenche alors de très puissantes réponses
tant physiologiques que psychologiques qui poussent, de manière
insurmontable, le toxicomane à récidiver/rechuter. Ces conditionnements
associent l’environnement où la drogue est consommée à
la drogue elle-même. Ils sont installés de manière
durable chez les grands toxicomanes, à tel point, que même
après avoir décroché, ces conditionnements déclenchent
des syndromes de manque violent chez des ex-toxicomanes complètement
sevrés, s’ils sont mis en contact avec des situations liées
à la prise de drogue. L’impact du conditionnement environnemental
participe de manière non négligeable à la rechute
de l’ex-toxicomane dans la consommation des stupéfiants et démontre
de manière « criante » que la dépendance psychologique
est un phénomène majeur dans la toxicomanie. La très
forte motivation, engendrée par l’association de l’environnement
à la consommation de drogue, implique évidemment la structure
clef de la dépendance qu’est le noyau accumbens, où le mécanisme
moléculaire de renforcement passerait par l’activation des récepteurs
dopaminergiques D3. Cette hypothèse est basée sur l’observation
qu’un agoniste partiel de ces récepteurs inhibe le comportement
de recherche de drogue en régulant, vraisemblablement, le niveau
d’activation de ces récepteurs (en effet, un agoniste partiel peut
soit réduire soit accroître la stimulation reçue par
le récepteur D3 (un D2 like) en s’opposant soit à un agoniste
complet soit à un antagoniste).
|
|
| . | |
| .. | |
| .. | |
|
Le tabac est la cause de 20% des morts dans les pays industrialisés et 60 000 morts/an en France. A ce titre c’est certainement l’une des drogues les plus dangereuses, si ce n’est la drogue la plus dangereuse. La nicotine, son principe actif, provoque de la tolérance très rapidement (d’une prise sur l’autre et en moins d’une heure) et de la dépendance tant psychique que physique. 1) Mode d’action cellulaire. La nicotine a pour cible initiale la neurotransmission cholinergique. Elle se fixe à la place de l’acétylcholine sur les récepteurs nicotiniques cholinergiques, des récepteurs canaux. La liaison de l’agoniste sur le récepteur nicotinique provoque un changement de conformation de l’architecture protéique du récepteur qui ouvre le canal ionique pendant quelques millisecondes. Le canal est sélectif pour les cations (surtout le sodium), son ouverture provoque dépolarisation brève. Puis, le canal se referme et le récepteur nicotinique devient transitoirement réfractaire aux agonistes . C’est l’état de désensibilisation, qui est suivi soit d’un retour à l’état de repos fermé et sensible aux agonistes. En cas d’exposition continue à l’agoniste (même à faible concentration), l’inactivation du récepteur devient chronique (long terme inactivation). |
|
| . | |
|
FIGURE 4: le cycle fonctionnel du récepteur nicotinique cérébral |
|
| . | |
| 2) Effet
psychostimulant.
La nicotine affecte l’intégralité du système cholinergique cérébrale qui se compose de plusieurs noyaux ( figure du système cholinergique cérébral ). De part la large distribution de l’innervation cholinergique cérébrale, la propriété psychostimulante du tabac passe par la stimulation de toutes les structures porteuses de récepteur nicotiniques. Un effet supplémentaire de la nicotine est qu’elle inhibe une enzyme de dégradation des catécholamines (NA, DA, 5HT) qu’est la monoamine oxydase B. Si cette inhibition ne semble pas jouer un rôle important dans l’addiction nicotinique. Elle renforce la neurotransmission catécholaminergique de l’ensemble du système nerveux et participe, en plus de l’activation du système cholinergique, à l’effet psychostimulant de la nicotine. |
|
| . | |
| 3) Tolérance et dépendance à la nicotine.
La propriété addictive de la nicotine tient à
son effet sur les récepteurs nicotiniques du système dopaminergique
mésocorticolimbique. Ces récepteurs sont présents
sur les corps cellulaires des neurones de l’ATV et sur leurs terminaisons
dans le noyau accumbens. Des stimulations nicotiniques intermittentes excitent
les neurones de l’ATV renforçant la libération de dopamine
dans le noyau accumbens. Cependant une exposition longue réduit
l’efficacité de la nicotine entraînant la tolérance
(
FIGURE 6
)
. En effet, le fumeur chronique
maintient, entre chaque cigarette, une concentration faible de nicotine
dans son cerveau mais croissante avec l’addition des prise pendant la journée.
Cette faible concentration est suffisante pour désactiver les récepteurs
qui restent à la surface des neurones et pour ralentir leur renouvellement.
Le phénomène d’inactivation se traduit par une tolérance
rapidement installée (d’une cigarette sur l’autre) et d’une réduction
du plaisir ressenti. Après une brève période d’abstinence
(le sommeil par exemple) la concentration basale de nicotine redescend
(
FIGURE 7
) et autorise une partie des récepteurs
à retrouver leur sensibilité (soit parce qu’ils ont été
renouvelés, soit parce qu’ils sont passés du stade désensibilisé
au stade de repos). Le retour de tous ces récepteurs à un
état fonctionnel hausse la neurotransmission cholinergique à
un niveau anormal affectant l’ensemble du système cholinergique
central. Le toxicomane éprouve de l’agitation et de l’inconfort,
illustration du manque tabagique, qui le conduit à fumer une nouvelle
cigarette. Cette cigarette, étant la première après
la période d’abstinence (souvent la première de la journée),
procure un plaisir maximum car la sensibilité des récepteurs
nicotiniques dans le circuit de renforcement culmine à ce stade
de la journée. A la suite de cette première intoxication,
les récepteurs se désensibilisent rapidement, la tolérance
se développe et le plaisir diminue. C’est le cercle vicieux du tabagisme.
|
|
| . | |
| . | |
| . | |
|
L’alcool produit de nombreux effets dans le cerveau. Certains sont récréatifs
(euphorie, convivialité, levée d’inhibition sociale), d’autres
légèrement anxiolytiques, mais lorsque l’imprégnation
devient supérieur à 0,5g/l la toxicité alcoolique
se manifeste par des perturbations motrices (ataxie), de l’inattention
et une réduction de réflexes bien connus pour être
la cause d’accidents. A partir de 1,5g/l, sa neurotoxicité apparaît
sous forme d’amnésie puis devient létale vers 3 g/l par détresse
respiratoire dû au dysfonctionnement des centres respiratoires bulbaires.
1) L’alcool et le GABA. La neurotransmission inhibitrice dans le cerveau est majoritairement
médiée par la mise en jeu des récepteurs GABA A qui
laissent entrer du chlore dans les neurones lorsqu’ils sont activé
par le GABA. Il en résulte une hyperpolarisation inhibitrice. Certain
des récepteurs GABA A, possédant l’isoforme longue de la
sous unité gamma 2, sont sensibles à l’alcool qui potentialise
l’inhibition GABAergique. Dans cette sous unité se trouve une sérine
(un acide aminé) qui joue un rôle déterminant dans
la sensibilité du récepteur vis à vis de l’alcool
puisqu’elle doit être phosphorylée pour autoriser la potentialisation
alcool de l’hyperpolarisation GABAergique. De plus, cette sérine
serait impliqué dans la tolérance à l’alcool dans
la mesure où la perte de son état phosphorylé serait
à la base de cette adaptation à l’imprégnation alcoolique
qu’est la tolérance.
|
|
| . | |
| 2) L’alcool et la neurotransmission
glutamatergique.
En plus d’augmenter l’efficacité de la neurotransmission inhibitrice
cérébrale, l’alcool réduit le niveau d’excitation
des neurones encéphaliques en perturbant le principal système
excitateur du cerveau qu’est la neurotransmission glutamatergique. Au sein
de ce système de neurotransmission, l’alcool a pour cible le récepteur
NMDA qui est un récepteur ionotropique s’ouvrant sous l’action du
glutamate, uniquement lorsque le neurone est déjà très
excité (dépolarisé). Une fois ouvert, le canal du
récepteur NMDA permet un influx important de calcium. Le calcium
déclenche des modifications à long terme de la plasticité
et du fonctionnement synaptique (comme la LTP) impliqué en particulier
dans la mémoire. Cependant l’influx calcique via le récepteur
NMDA est sous haute surveillance (blocage par le magnésium), car
un excès de calcium dans le cytoplasme est neurotoxique.
|
|
| . | |
| 3) L’alcool et les canaux calciques.
A l’instar de son effet sur les récepteurs NMDA, l’alcool block aussi une autre voie d’entrée calcique que sont les canaux calcique de type L. Par ce blocage, l’alcool induit une dépression globale de la fonction neurale car quasiment tous les neurones possède de tels canaux nécessaire au processus de libération de neurotransmetteurs. Comme pour les récepteurs NMDA, les neurones essayent de surmonter la toxicité en augmentant le nombre de canaux L, ce qui contribue aussi à la tolérance et au syndrome de sevrage alcoolique. |
|
| . | |
| 4) L’alcool
et la sérotonine.
L’administration de l’ondansetron, antagoniste du récepteur 5HT3 bloque l’effet euphorisant de l’éthanol suggérant que la neurotransmission sérotoninergique est aussi affectée par l’alcool au niveau de ce récepteur. En fait, des données électrophysiologiques ont montré que l’alcool se comporte comme un agoniste 5HT3 et dépolarise les neurones. Ce type de dépolarisation (induite par l’alcool via les récepteurs 5HT3) pourrait stimuler les neurones du complexe cortico-limbique et participer aux effets euphorisants et délétères sur les fonctions cognitives et mnésiques. De plus, l’activation des récepteurs 5HT3 concerne en particulier les neurones du nerf vague qui, une fois excités excessivement, induisent des nausées et les vomissements typiques des grandes concentrations d’alcool dans le sang. |
|
| . | |
| 5) La tolérance et dépendance à l’alcool.
L’alcoolisation chronique cause non seulement de la dépendance
(action sur le système opiacé et sur le noyau accumbens)
mais aussi de la tolérance.
|
|
| . | |
|
FIGURE DE L’ACTION DES PSYCHOTROPES SUR LE CIRCUIT DE RENFORCEMENT |
|
| . | |
| Le sevrage alcoolique. L’abstinence chez un alcoolique chronique
révèle le phénomène de manque (ou sevrage)
qui reflète l’adaptation du cerveau à l’imprégnation
éthylique. En d’autres termes, le syndrome de sevrage est dû
à un hyperfonctionnement glutamatergique et un hypofonctionnement
GABAergique acquis lors des phénomènes compensatoires de
la tolérance. Il en résulte une hyperexcitation cérébrale
pouvant conduire à des convulsions ou crises épileptiques
(décharge motrice violente provoquant des contractions fortes et
involontaires des membres). Ces convulsions alcooliques disparaissent généralement
dans un délais de 6 heures après le début du sevrage.
Pendant les 24 premières heures de sevrage peuvent apparaître
des hallucinations visuelles et auditives transitoires associées
à une désorientation dans le temps. A la différence
des hallucinations psychotiques, il n’y a pas d’obscurcissement de la conscience,
c’est à dire que l’alcoolique sait qui vit des hallucinations. L’hyperexcitation
s’exprime aussi sur les neurones noradrénergiques du locus coeruleus
et sur le système sympathique. La sur-stimulation de ce dernier
est à l’origine d’hypertension, de tachycardie, de tremblements
et de transpiration apparaissant pendant le manque.
Une aggravation de l’alcoolisme tient au fait que pendant les passages de manque, les neurones sont soumis à des influx calciques excessifs et toxiques (à cause de l’augmentation du nombre de récepteurs NMDA et de canaux L) qui conduisent à la mort neuronale. Enfin lors d’un arrêt brutal de la consommation après une longue période d’excès le Delirium Tremens risque de se développer, il témoigne de la sévérité de la dépendance physique. Cette détérioration mentale se caractérise par un état de confusion extrême (perte de la notion du lieu, du temps, voir de l’identité de l’alcoolique), d’idées délirantes (persécution, mysticisme, mégalomanie) de grande agitation et par des hallucinations visuelles constantes et effrayantes qui sont d’autant plus terrorisantes que le patient n’a pas conscience d’être aux prises d’hallucination. Cette inconscience différencie le Delirium Tremens des hallucinations alcooliques transitoires et le rapproche des psychoses. Le délire s’aggrave de fièvre, tremblement, hypertension, sueur et déshydratation qui en font une urgence clinique. Le delirium tremens est heureusement rare (5% de la population alcoolique) mais entraîne une mortalité de 20 % chez les alcooliques délirants non soignés. Son traitement est avant tout préventif. |
|
| . | |
| .. | |
| IV LE CANNABIS | |
| .. | |
| 1) Les endocannabinoïdes.
Le principe actif du cannabis, le delta 9 tétrahydrocannabinol (THC), agit sur les récepteurs aux cannabinoïdes CB1 et CB2 des endocannabinoïdes anandamide (N- arachidonyléthanolamine) et le 2-arachidonylglycérol mais c’est par le récepteur CB1 que le cannabis induit ses effets psychotropes. Ces récepteurs sont présents dans pratiquement tous les systèmes de neurotransmetteurs et sur la vasculature cérébrale. Ils sont présents à forte concentration dans le cortex, l’hippocampe, le cervelet et les noyaux de la base (néostriatum, substance noire, globulus pallidus, noyau accumbens). Le récepteur CB1 est un récepteur métabotropique couplé négativement par une protéine Gi/o à l’adénylate cyclase, à une inhibition des canaux calciques voltage-dépendants (N et P/Q), à une stimulation des canaux potassiques et à une activation de la voie des MAP kinases. Ce récepteur est donc capable de mettre en jeu plusieurs système de transduction et d’induire en conséquence une multitude de phénomène intracellulaire. |
|
| . | |
| Figure des systèmes de transduction mis en jeu par le récepteur CB1 au niveau de la terminaison synaptique | |
| . | |
|
Actions neurophysiologiques. Grâce à ces différents mécanismes d’actions intracellulaires, les endocannabinoïdes peuvent réduire la libération des neurotransmetteurs par l'inhibition des canaux Ca++, s'opposant ainsi à l'entrée de calcium pendant la dépolarisation de la terminaison nerveuse. De plus, l'inhibition de l'adénylate cyclase au niveau présynaptique active des canaux potassiques (de type A) qui également inhibe l'effet du potentiel d'action dans la présynapse ( FIGURE 8 ) Au niveau postsynaptique, l'activation des canaux K+ (inward rectifier) atténue la dépolarisation induite par les neurotransmetteurs et la possibilité de déclencher un nouveau potentiel d'action. Dans les conditions physiologiques, le système endocannabinoïde sert (1) de régulateur de l'activité motrice impliquant le cortex et le cervelet (inhibition de la neurotransmission glutamatergique médiée par les récepteurs NMDA), les noyaux de la base (inhibition dopaminergique et glutamatergique, et renforcement GABAergique) (2) de modulateur de la fonction mnésique de l'hippocampe (modulation de la neurotransmission glutamatergique et cholinergique dans l’hippocampe) (3) de régulateur de l’axe hypothalamo-hypophysaire (stimulation dopaminergique et inhibition noradrénergique) (4) de régulateur du système neurovégétatif (inhibition de la libération acétylcholine (parasympathique) et de noradrénaline (orthosympathique) (5) de modulateur des processus cognitifs impliquant le système limbique et le cortex. Les endocannabinoïdes sont des neuromodulateurs particuliers car ce sont des lipides. Leurs libération dépend de la stimulation/dépolarisation des neurones, de l’entrée de Ca++ et elle résulte en un clivage Ca++ dépendant, réalisé par la phospholipase D, d’un phospholipide membranaire (N-arachidonyl-phosphatidyléthanolamine). Une fois libéré, ils sont recaptés par les neurones et les astrocytes et détruit par hydrolyse (action de l’amidohydrolase). Cette dégradation fait que l’effet des endocannabinoïdes est bref, processus auquel semble échapper le THC. Comme on l'a vu, les endocannabinoïdes ont principalement une action présynaptique de régulation de la libération des neurotransmetteurs, mais ceux-ci ont en retour un effet sur la libération de l'anandamine. C'est en particulier le cas dans le striatum où la dopamine favorise la libération de endocannabinoïdes en agissant à travers des récepteurs "D2 like" (D2, D3 et D4). En retour, les endocannabinoïdes réduisent la libération de dopamine. |
|
| . | |
|
2) Les impacts neurologiques du THC Les effets ressentis. La consommation de cannabis est hédonique car elle apporte de l’euphorie, des fous rires, de la loquacité, de la sédation, de l’asthénie, et elle est anxiolytique (effet sur le système limbique). Le cannabis fait « planer », induit une dépersonnalisation (se sentir étrange, détaché de soi), une distorsion de la perception temporelle, un accroissements de certain sens (audition), provoque de la tachycardie (effet sur le SNV), stimule l’appétit (effet sur l’hypothalamus), est analgésique (effet sur la moelle et les DRG), réduit la motricité volontaire (effet cataleptogène, actions sur le cervelet, les ganglions de la base et le cortex) et provoque des difficultés de concentration des troubles de la mémoire (effet cortico-hippocampique) et de la confusion dans des cas extrêmes. Effets neurotoxiques en usage aigu. En raison de sa forte lipophilie, le THC a une action perturbatrice sur les membranes qui s’ajoute à son rôle d’agoniste des récepteurs cannabinoïdes. Toujours à cause de sa lipophilie il reste très longtemps dans l’organisme. Il faut attendre 3 jours pour qu’il atteigne un niveau négligeable, mais détectable, dans l’organisme à la suite d’une seule prise de cannabis. Les cannabinoïdes psychoactifs provoque une activation des neurones dopaminergiques du système de récompense/renforcement (ATV-Mésocorticolimbique). Cette stimulation sous-tend le comportement d’abus, toxicomaniaque des consommateurs de THC. De part cet impact sur le circuit de récompense, le THC s’apparente à d’autres drogues comme la morphine, l’alcool et le tabac (nicotine). |
|
| . | |
| FIGURE DE L’ACTION DES PSYCHOTROPE SUR LE CIRCUIT DE RENFORCEMENT | |
| . | |
|
Le THC active aussi les neurones à dopamine de l'ATV appartenant
au faisceau médian télencéphalique innervant le cortex
préfrontal . Dans cette région la dopamine facilite les processus
de mémoire à court terme (mémoire de travail) via
des récepteurs D1, mais la surstimulation de ces récepteurs
à cause de l'effet du THC provoque des altérations de la
mémoire à court terme. Compétition CB1/D1like pour
contrôler l’activité de l’adénylate cyclase.
Effets neurotoxiques en usage régulier. Au niveau macroscopique (imagerie cérébrale), la toxicomanie chronique au cannabis (10 « joints » par semaine) cause une augmentation de la taille des cavités cérébrales caractéristique d’une atrophie cérébrale. Au niveau cellulaire, l’usage de cannabis modifie aussi l’activité dopaminergique des neurones de l’aire tegmentale ventrale (ATV) qui projettent leurs axons sur le noyau accumbens et sur le circuit fronto-ponto-cérébelleux. Il y a une diminution de la décharge (firing) des neurones dopaminergiques de la substances noire et de l’ATV (par contre, un usage aigu de THC stimule ces neurones). Lors de toxicomanies chroniques, des changements s’opèrent au niveau des récepteurs CB1, ce qui entraîne aussi des modifications dans le système dopaminergique et du flux sanguin cérébral en particulier dans le cortex frontal et dans le cervelet. L’activation physiologique des récepteurs CB1 induit une vasodilatation des artérioles cérébrales. Or, l’usage régulier du cannabis provoque une adaptation de l’organisme à la stimulation anormale des récepteurs CB1, c'est la tolérance. Elle se traduisant par une diminution de la concentration ou/et la sensibilité des récepteurs CB1 due à une diminution de la synthèse des récepteurs, à un découplage avec le système de transduction et à la réabsorption des récepteurs présents dans la membrane. Cette disparition de récepteurs CB1 a été observée en particulier dans le cervelet, le striatum et l'hippocampe. La perte de fonction « CB1 » au niveau des artérioles cérébrales des consommateurs chroniques provoque la réduction du flux sanguin (par absence de la vasodilatation induite normalement par l’anandamide via l’activation des récepteurs CB1 vasculaires). En conséquence, l’apport en glucose et oxygène indispensable au métabolisme cérébral est réduit. Les symptômes de ces troubles circulatoires et métaboliques s’illustrent principalement par des troubles de l’attention mais aussi par une diminution des capacités d’apprentissage et un déficit mnésique qui persistent après la désintoxication. La neurotoxicité du cannabis a très longtemps sous-estimée mais il est maintenant démontré que le THC provoque la mort de neurone par apoptose dans l’hippocampe. Ceci expliquerait en particulier le caractère définitif des déficiences mnésiques. Les lésions neuronales et les troubles cognitifs sont d’autant plus « installés » que la consommation de cannabis à débuter tôt, comme on l’a constaté chez des sujets toxicomanes depuis l’âge de 16 ans. Les séquelles cognitives sont aussi dues à une altération
globale de tous les systèmes de neurotransmetteurs dont l’activité
est physiologiquement normalement modulée par les endocannabinoïdes
cérébraux. Le THC entraîne en plus d’un déficit
du métabolisme cellulaire, une dérégulation de la
modulation de la transmission synaptique particulièrement évidente
dans le système dopaminergique de l’ATV qui innerve le circuit fronto-ponto-cérébelleux,
le striatum le système limbique et le noyau accumbens.
Il apparaît donc que le cannabis provoque de la tolérance par désensibilisation des récepteurs CB1, mais également de la dépendance par son action sur l’ATV, car les fumeurs chroniques se plaignent, lorsqu’ils sont abstinents, d’anxiété, de déprime, de trouble du sommeil et de perte d’appétit. Il est à noter que le processus neuronal de la dépendance au cannabis est commun avec les drogues dures, mais on considère le cannabis comme une drogue douce car le THC n'induit pas de dépendance physique importante (pas de syndrome de manque invalidant) |
|
| . | |
| 3) Les psychoses cannabiques.
Lorsque la consommation est très forte et prolongée des
psychoses peuvent être induites. Il existe 2 formes aiguës réversibles
rapidement (moins d’un mois) grâce à un traitement avec des
anxiolytiques et/ou des neuroleptiques. Il s’agit du syndrome confusionnel
aigu et du syndrome schizophréniforme. Le premier se manifeste par
des altérations sensorielles, des amnésies des faits récents,
des idées délirantes à thèmes de persécution,
de l’incontinence affective et émotionnelle et de l’agressivité.
Le second est marqué par une tendance à la paranoïa
avec une méfiance et attitude de défense même vis à
vis de l’entourage ; il n’y a pas d’agressivité ou d’amnésie.
|
|
| . | |
| 4) Le cannabis thérapeutique.
L’effet analgésique du cannabis a incité
certains médecins à préconiser l’usage de cette drogue
pour soulager des patients subissants des douleurs importantes. On sait
maintenant que l’effet analgésique des cannabinoïdes diffère
des manifestations psychotropes car c’est en agissant au niveau de la moelle
épinière que ces molécules réduisent la perception
douloureuse (alors que l’effet stupéfiant est dû à
l’action cérébrale du THC). Dans la moelle épinière,
les cannabinoïdes stimulent des récepteurs CB1 présent
sur des terminaisons de neurones GABAergiques et interagiraient aussi avec
les systèmes opiacés (enképhaline, endorphine et dynorphine).
La mise en jeu des récepteurs CB1 inhibe la neurotransmission GABAergique
médullaire impliqué dans le transfert de l’information douloureuse.
Une autre propriété thérapeutique du cannabis est son effet anti-inflammatoire, vraisemblablement médié par l’activation des récepteurs CB2 porté par les cellules de la lignée hématopoïétique (les cellules immunitaires impliquées dans la défense de l’organisme contre les infections). La mise en jeu des récepteurs CB2 réprime l’activité des cellules immunitaires ce qui calme l’inflammation. Au vu de cet effet dépressif sur la fonction immunitaire, il apparaît que la prescription de cannabis pour soulager les souffrances et stimuler l’appétit des malades du SIDA est absolument à proscrire puisque l’effet anti-inflammatoire aggrave la déficience du système immunitaire caractéristique de ce syndrome. Enfin, deux dernières applications médicales possibles sont (1) le pouvoir antiémétique des cannabinoïdes qui trouve une application dans le traitement des effets secondaires des médicaments anticancéreux comme le cisplatine ; (2) l’effet dépressif sur la motricité qui pourrait ouvrir la voie vers des thérapies des troubles moteurs telle que la maladie de Huntington (perte de sites CB1 dans la substance noire). |
|
| .. | |
| ... | |
| V LES OPIACES | |
| .. | |
|
Les opiacés regroupent la morphine et ses dérivés
tels que l'héroïne et la méthadone.
1) Au niveau thérapeutique La méthadone est utilisée pour se substituer à l’héroïne, elle sert de transition entre l’héroïnomanie et l’abstinence car c’est un opiacé plus « doux » que l’héroïne. Quant à la morphine, c’est le meilleur analgésique connu, mais sa toxicité en limite malheureusement l’usage (réservé au traitement des grandes douleurs). Un autre dérivé de l’opium, la codéine est employée comme analgésique (10 x moins puissant que la morphine) et comme antitussif. Ce médicament, autrefois en vente libre en pharmacie, est maintenant délivré sur ordonnance car les héroïnomanes l’utilisent comme drogue d’appoint. |
|
| . | |
| 2) Au niveau moléculaire
La morphine et ses dérivés agissent sur les récepteurs métabotropiques des opiacés endogènes (enképhalines, dynorphines et endorphines). Ces récepteurs sont couplée à l’adénylate cyclase négativement via Gi/o, ils modulent aussi la probabilité d’ouverture de canaux ioniques ce qui leur permet de contrôler l’excitabilité des neurones. Il existe 3 sortes de récepteurs : mu, delta et kappa très largement distribués dans le cerveau. Avec leurs ligands endogènes ces récepteurs modulent plusieurs fonctions dont la réponse à la douleur, au stress et le contrôle limbique des émotions. Les actions psychotropes des opiacés passent par l’inhibition de l’adénylate cyclase et, par voie de conséquence, conduisent à la déphosphorylation des canaux sodiques et calcique. De plus, par l’intermédiaire de la protéine de couplage Gi/o, les opiacés activent des canaux potassiques. Il s’en suit une hyperpolarisation inhibante des neurones par ouverture des canaux potassiques et fermetures des canaux sodiques et calciques ( Figure de l'activation des récepteurs mu ). L’effet euphorisant des opiacés est médiés par les récepteurs mu et delta. Par contre, l’activation des récepteurs kappa est aversif et entraîne des troubles de l’humeur |
|
| . | |
| ( FIGURE : CONTROLE DU CIRCUIT DE RENFORCEMENT PAR OPIACES ENDOGENES | |
| . | |
|
3) la Tolérance et la dépendance La dépendance est principalement causée par la stimulation des récepteurs mu des interneurones inhibiteurs (gabaergiques) de l’ATV. Des souris mutantes mu-/- ne développent pas de dépendance à la morphine ni de syndrome de sevrage ni d’analgésie. Le locus coeruleus est également particulièrement affecté par les opiacés et son dysfonctionnement serait à l’origine de la dépendance physique en se répercutant indirectement sur le système neurovégétatif. La gravité de l’addiction aux opiacés est aussi due au conditionnement environnemental qui est très puissant dans le cas de ces drogues et générateur de rechute. Ce conditionnement implique la stabilisation de certaines connexions neuronale impliquée dans la mémorisation, ainsi que la modification de l’expression génique dans les neurones (voir plus bas). La tolérance se développe avec la répétition des prises d’opiacés et tend à ramener le fonctionnement neuronal à un niveau homéostatique malgré l’exposition chronique aux opiacés. La compensation pourrait faire intervenir la désensibilisation des récepteurs par réduction de leurs renouvellement (turn-over) et/ou par internalisation. Cependant le processus de tolérance aux opiacés le plus connu est une augmentation d’activité basale du système de transduction de l’AMPc, constatée dans le locus coeruleus et le noyau accumbens . Pour cela, le nombre d’adénylate cyclase et de protéine kinase A augmente alors que le nombre de protéines Gi inhibitrices de l’adénylate cyclase diminue. Ce mécanisme de tolérance est aussi déclenché dans le noyau accumbens par l’alcool et la cocaïne. |
|
| . | |
| ( FIGURE de l'impact des opiacés sur le système de transduction de l'adénylate cyclase ) | |
| . | |
|
Le « manque » résulte d’une hyperactivité neuronale causé par l’hypersensibilité réactionnelle de la synthèse de l’AMPc. En effet, les opiacés inhibent via leurs récepteurs l’adénylate cyclase productrice d’AMPc, à long terme cette inhibition est compensée par l’élévation de la capacité cellulaire de synthèse de l’AMPc, à la base de la tolérance. Cette capacité accrue est dévoilée lors du manque. Il y a alors une phosphorylation importante des canaux sodiques par la protéine kinase A (dépendante de l’AMPc) ce qui les active et produit l’hyperactivité neuronale. Altération de l’expression génique. Les variations affectant le système de transduction de l’AMPc dans la toxicomanie aux opiacés (inhibition en usage aigu, élévation en usage chronique) ont des répercutions sur l’expression des gènes ce qui pourrait expliquer les phénomènes à long terme de cette toxicomanie que sont la dépendance et le conditionnement environnemental. L’activation de l’adénylate cyclase permet la synthèse de l’AMPc, ce second messager active la protéine kinase A qui induit, par phosphorylation de protéines, de nombreux événements cellulaires. Parmi ceux-ci se trouve la phosphorylation du facteur de transcription CREB qui active l’expression de certains gènes et modifie à long terme le fonctionnement du neurone ( FIGURE de l'impact des opiacés sur le système de transduction de l'adénylate cyclase ). C’est donc en faisant varié la phosphorylation de CREB que les opiacés provoque la dépendance et le conditionnement à long terme. Pour cela, CREB pourrait participer à des processus de plasticité synaptique comme il le fait lors de son renforcement de la mémoire à long terme. |
|
| . | |
| ... | |
| ... | |
| Cette catégorie de drogue regroupe des excitants comme la mescaline
(une phényléthanolamine), la psilocine (principe actif de
la psilocibine générée par la dégradation de
celle-ci) et le LSD (ces deux derniers étant des indolamines comme
la 5HT). Sous l’emprise de ces molécules, les utilisateurs ont l’impression
d’être plus lucide et que les altérations sensorielles qu’ils
ressentent reflètent une réalité supérieur
à celle de l’état de conscience normale. Ces drogues révéleraient
pour leurs prosélytes un niveau de perception sur-humain. Finalement,
c’est à cause de ces « mirages cognitifs » que l’on
appelle ces drogues des psychédéliques, c’est à dire
« qui manifeste l’esprit ».
Ces drogues entraînent donc d’importantes distorsions perceptuelles et cognitives recherchées par les toxicomanes. A ce titre et en toute rigueur, on ne devrait pas qualifier ces drogues d’hallucinogènes puisqu’elles ne créent pas de perceptions artificielles (comme le font les amphétamines et la cocaïne dans les psychoses et l’alcool dans le delirium tremens). Le LSD et ses analogues causent aussi des distorsions affectives ainsi que des troubles psychiatriques s’approchant de la schizophrénie. Aussi, devrait-on qualifier ces drogues de psychotomimétiques ou psychotogéniques : qui mimiment ou induisent des états psychotiques. Des terreurs et des confusions mentales apparaissent sous l’effet de
ces drogues qui dans certains cas ont poussé des toxicomanes à
sauter par la fenêtre. Mais l’une des plus graves séquelles
de cette forme de toxicomanie est qu’elle déclenche des maladies
mentales durables même lors de la première prise. En effet
on connaît des centaines de cas de schizophrénie résultant
d’un seul « bad trip ».
|
|
| . | |
![]() |
1) Action sur les récepteurs 5HT1a.
Les structures moléculaires de la mescaline, de la psilocine et du LDS présentent des analogies avec celle de la sérotonine qui confèrent à ces drogues un potentiel sérotonino-mimétique. Ainsi le LSD et la psilocine sont des puissants inhibiteurs de l’activité électrique des neurones du raphé. L’inhibition est due à une action directe sur le soma des neurones sérotoninergiques du raphé où le LSD et la psilocine activent les autorécepteurs 5HT1a. Cependant, la seule activation des autorécepteurs 5HT1a est insuffisante pour le développement des hallucinations, car les anxiolytiques sérotoninergiques comme le buspirone agissent sur les autorécepteurs 5HT1a du raphé sans être hallucinogènes. D’autre part, la mescaline n’est qu’un faible agoniste des autorécepteurs 5HT1a mais elle est hallucinogène. |
| . | |
| 2) Action sur les récepteurs
5HT2.
Par contre, tous ces psychédéliques ont en commun d’activer un autre type de récepteurs de la sérotonine : le récepteur 5HT2 (et plus particulièrement le sous type 5HT2a). A la différence des autorécepteurs 5HT1a présysnaptiques et inhibiteurs, les récepteurs 5HT2 sont postsynaptiques et excitateurs et ils sont présents dans de nombreuses structures cérébrales (dont les noyaux du tractus solitaire et accumbens) avec une forte concentration dans les neurones du néocortex. Les hallucinogènes agissent via les récepteurs
5HT2 sur le néocortex et sur le locus coeruleus principalement.
Ce dernier est le noyau regroupant l’essentiel des neurones noradrénergiques
centraux (seulement 3000 neurones innervant 30 à 50% des neurones
cérébraux). Il est constitué de 2 parties localisées
dans le pont de Varole (mésencéphale) de part et d’autre
du 4eme ventricule. Il reçoit des influx sensoriels, somatiques
et viscéraux qu’il transmet à l’ensemble de l’encéphale
grâce à ces axones très divergeants. Les hallucinogènes
inhibent les influx somatiques et viscéraux afférent au locus
coeruleus, tout en facilitant les influx sensoriels. Cet effet double est
réalisé par l’intermédiaire des récepteurs
5HT2 portés par des interneurones GABAergiques et glutamatergiques
qui modulent le fonctionnement du locus coeruleus (<
FIGURE
action des hallucinogènes
). Ainsi, la stimulation des interneurones
GABAergiques augmente la libération de GABA dans le locus coeruleus
ce qui inhibe, via des récepteurs GABA A, les influx somatiques
et viscéraux. Inversement, l’activation des interneurones glutamatergiques
renforce les influx sensoriels, par l’intermédiaire de récepteurs
NMDA, et participe au développement des hallucinations. Il en résulte
que le locus coeruleus envoie au néocortex des informations sensorielles
altérées et amplifiées.
|
|
| . | |
| .. | |
| ... | |
|
Cette catégorie de stupéfiants regroupe la cocaïne et le crack (son dérivé basique free-base, la cocaïne étant un sel) d’une part et les amphétamines et leurs dérivées (crystal meth, méthamphétamine, éphédrine, MDMA = ecstasy) d’autre part. Ces diverses molécules ont des modes d’actions légèrement différents mais elles développent des puissants effets psychotropes de la même manière, à savoir, une augmentation de la quantité de catécholamines dans la fente synaptique. Les effets. Les toxicomanes recherchent l’euphorie, l’élévation de la vigilance et l’accroissement de la force et l’abolition de la perception de la fatigue procurées par ces excitants (speed), certains peuvent même utiliser les amphétamines pour empêcher le sommeil. Ces effets psychotropes durent plus longtemps avec les amphétamines (3 à 6 heures) qu’avec la cocaïne (environ 1 heure), c’est la phase de « rush » qui est suivi par une phase d’abattement avec irritabilité, anxiété et dépression, c’est « le crash ». Ces actions psychiques s’accompagnent de manifestations somatiques comparable à l’excitation du système orthosympathique (action sympathicomimétique) : accélération des rythmes cardiaque et respiratoire, hyperthermie et mydriase (dilatation des pupilles). Une petite histoire sur la cocaïne. L’usage de la cocaïne fut développer en Europe vers 1878 à l’instigation de Freud qui fut cocaïnomane pendant une 15aine d’années mais qui, en tant que neurologue, en avait noté la propriété anesthésique. Il se fit le promoteur de cette drogue en pensant que cet alcaloïde serait un outil pour comprendre les maladies mentales et pour désintoxiquer les drogués aux opiacés. Mais en tentant de sevrer, avec de la cocaïne, un ami morphinomane il provoqua sa mort. Malgré ce drame, Freud continua à promouvoir la cocaïne jusqu’en 1887 quand il reconnu s’être trompé (dans Cocaïnomanie et Cocaïnophobie). |
|
| . | |
1) Mode d’action.
La cocaïne inhibe les transporteurs nécessaire à la recapture présynaptique des catécholamines (DA, NA...). Il s’en suit une élévation de la concentration catécholaminergique dans la fente synaptique et une surstimulation postsynaptique ( Figure de l'action de la cocaïne ). Les
amphétamines accroissent la concentration de catécholamines
par un mécanisme distinct de celui de la cocaïne. Les amphétamines
diffusent dans la terminaisons, et du fait de leur similitude avec la dopamine
et la noradrénaline (figure ci-contre) elles provoquent la vidange
des vésicules synaptiques en faisant fonctionner, en sans inverse,
les transporteurs des catécholamines.
Figure
de l'action des amphétamines
)
Lorsque l’inhibition de la recapture ou la vidange des vésicules présynaptiques affecte la dopamine libérée dans le noyau accumbens par les terminaisons du faisceau mésocorticolimbique, alors l’accroissement de dopamine dans ce noyau provoque la dépendance aux excitants. |
|
| . | |
| 2) Effets néfastes.
Sur le plan somatique. En dehors de la dépendance, la cocaïne et les amphétamines induisent de l’arythmie cardiaque (Cf. le cas de Maradona) et une vasoconstriction intense qui provoque de l’hypertension et une nécrose par ischémie des muscles striés (rabdomyolyse), des cloisons nasales, des extrémités (doigts, orteils), des intestins, du foie, des reins et des tissus nerveux. Il y a aussi des hémorragies méningées et des convulsions résistantes aux antiépileptiques souvent rencontrés avant les décès des cocaïnomanes. Les amphétamines tuent par arrêt cardiaque, hémorragies cérébrales ou pulmonaires. Des décès peuvent aussi survenir dans les cas d’intoxication à l’ecstasy à la suite de déshydratation associée à une hyperthermie maligne et à de la rhabdomyolyse. Toujours à propos de l’ecstasy, en plus du risque létal énoncé ci-dessus et de troubles bénins (nausées, sudation, anorexie, tremblement hypertonie, mydriase), un danger supplémentaire relatif à ces drogues de synthèses est leur caractère frelaté puisqu’une étude sur plus 700 échantillons collectés dans des « rave » montre que seulement 30% contiennent de l’ecstasy (MDMA = méthylène dioxymétamphétamine), le reste allant de cocktail de vitamines à des anesthésiques vétérinaires. Sur le plan psychique. On observe de l’anxiété, de l’agitation psychomotrice avec de la confusion, de l’angoisse, des idées délirantes et paranoïaques, de l’amnésie et de la dysphorie (grande instabilité de l’humeur) et des psychoses (ayant des similitudes avec la schizophrénie puisque les toxicomanes ont des hallucinations auditives, « ils entendent de voies »). Une autre hallucination très spécifique de la psychose induite par les stimulants est l’hallucination tactile. Elle se manifeste au début par des démangeaisons et de fourmillements, le toxicomane examine sa peau et se gratte, il explique sont comportement par des idées délirantes (présence d’animaux sous sa peau, vers ou poux). Comme ces psychoses toxicomaniaques peuvent être traitées par les neuroleptiques et que ces derniers agissent par blocage des récepteurs dopaminergiques, il est vraisemblable que l’hyperactivité dopaminergique induite par les excitants soit à l’origine des troubles mentaux. |
|
| . | |
| 3) dépendance et tolérance
Ces psychostimulants n’entraînent pas de dépendance physique, mais une dépendance psychique très forte qui peut perdurer plusieurs années après l’arrêt de la consommation. De plus, il n’a pas été constaté de tolérance des effets psychostimulants des amphétamines. Par contre, il y a une tolérance des effets euphorisants et anorexigènes de la cocaïne qui incitent à augmenter les doses. A contrario, la cocaïne induit à la longue une tolérance inverse, appelée sensibilisation, des actions cardiostimulantes. La sensibilisation concerne aussi la paranoïa induite pas la cocaïne et les amphétamines qui peut réapparaître même à faible dose et après sevrage. Les manifestations cardiostimulante et paranoiaques deviennent de plus en plus importantes avec la réitération de l’exposition de l’organisme à la drogue. La sensibilisation peut persister après le sevrage (à l’image du conditionnement environnemental) et résulte de la réponse neuronale à la déplétion de catécholamines par une augmentation du nombre de récepteurs postsynaptiques. Il semble que les récepteurs postsynaptique D1 jouent un rôle primordial dans la sensibilisation à la cocaïne. En fait, c’est l’efficacité du couplage entre le récepteur D1 et l’adénylate cyclase qui est renforcée en particulier dans le noyau accumbens. Il en résulte une élévation de la synthèse d’AMPc, de l’activité de la protéine kinase A et du facteur de transcription CREB. On peut concevoir que CREB activerait l’expression de gènes nécessaire à l’installation du processus de sensibilisation. Un tel mécanisme d’altération de l’expression génique est comparable à ce qui a été décrit avec les opiacés. Il peut explique la dépendance psychique à long terme des excitants car l’activation de la voie de CREB est induite dans le système dopaminergique mésolimbique par ces molécules et bloquée par des antagonistes D1 |
|
| . | |
| 4) application thérapeutique
Les amphétamines sont utilisés médicalement parfois (de plus en plus rarement) pour traiter des dépressions (effet dynamisant) et plus souvent l’obésité (effet anorexigène). Les amphétamines entrent aussi dans la prise en charge d’une maladie rare la narcolepsie (sorte de maladie du sommeil). Enfin, ces molécules sont utiles pour traiter les enfants victimes du trouble du déficit de l’attention (ou syndrome d’hyperactivité de l’enfant ou dysfonction cérébrale à minima). Pour cette pathologie il ne s’agit pas d’un effet paradoxale des amphétamines mais de leur classique action d’élévation de l’acuité mentale. En effet ces enfants sont hyperactifs car ils sont incapable de fixer leur attention. Les amphétamines en augmentant leur acuité mentale, permet aux enfants de se concentrer, ils deviennent alors calment et restent « en place ». les formes médicamenteuses sont la benzédrine, la méthédrine et le maxiton. L’importance de leur usage dépend des pays. En ce qui concerne la cocaïne, sa propriété anesthésique par blocage de la conduction des influx des fibres sensitives (constatée en particulier par Freud) a conduit à l’élaboration d’analogue propre à une application médicale dans l’anesthésie locale. Il s’agit de composé comme la lidocaïne, la procaïne et la tétracaïne. |
|
| ... | |
|
FIGURE RECAPITULANT LES EFFETS DES DROGUES SUR LA TRANSMISSION SYNAPTIQUE |
|
| ... | |
| Loeber and Yurgelun-Todd. (1999) Human neuroimaging of acute and
chronic marijuana use : implication for frontopontocerebellar dysfunction.
Hum. Psychopharmacol. Clin. Exp. 14, 291-304.
Marzo, Melck, Bisogno and De Petrocellis. (1998) Endocannabinoids: endogenous cannabinoids receptor ligands with neuromodulatory action. Trends Neurosci. 21, 521-528. Burstein (1999) The cannabinoid acid : nonpsychoactive derivatives with therapeutic potential. Pharmacol Ther, 82, 87-96. Zhuang, Kittler, Grigorenko, Kirby, Sim, Hampson, Childers, and Deadwyler. (1998) Effects of long term exposure to delta 9-THC on expression of cannabinoïd receptor CB1 mRNA in different rat brain regions. Mol Brain Res. 62, 141-149. Vaughan, McGregor and Christie (1999) Cannabinoid receptor activation inhibits GABAergic neurotransmission in rostral ventromedial medulla neurons in vitro. Br J. Pharmacol. 127, 935-940. Ameri (1999) The effects of cannabinoids on the brain. Prog. Neurobiol. 58, 315-348. Diana, Melis and Gessa. (1998) Increase in meso-prefrontal dopaminergic activity after stimulation of CB1 receptors by cannabinoids. Eur. J. Neurosci. 10, 2825-2830. Aghajanian and Marek (1999) Serotonin and hallucinogens. Neuropsychopharmacology 21, 16S-23S. Nutt (1999) Alcohol and the brain, pharmacological insights for psychiatrists. Brit. J. Psychiatry 175, 114-119. Wirkner, Poelchen, Koles, Muhlberg, Scheibler, Allgaier and Illes (1999) Ethanol induced inhibition of NMDA receptor channels. Neurochem Int. 35, 153-162. Dani and Heinemann (1996) Molecular and cellular aspects of nicotine abuse. Neuron 16, 905-908. Snyder (1987) Les drogues et le cerveau. Utilité et méfaits des médicaments du cerveau. Ed. Pour la Science Diffusion Belin. Tassin (1998) Drogues, dépendance et dopamine. La Recherche, février. Nestler (1997) Molecular mechanism of opiate and cocaine addiction. Curr. Op. Neurobiol. 7, 713-719. Richard et Senon (1999) Dictionnaire des drogues, des toxicomanies et des dépendances. Ed. Larousse. Galliot-Guilley, Sueur, Lebeau, Fompeydie, Benezech et Bazard (1999) L’ecstasy et ses sosies. Presse Médicale, 28, 358-362. |
|
| DERNIÈRE MISE À JOUR: 23/10/05 | |
| . | |